Acceptabilité des antibiogrammes ciblés en médecine générale : résultats d’une étude prospective
Clément Le Bihan, Guillaume Aubin, Pauline Jeanmougin, Jean-Pascal Fournier. General practitioners’ requests for advisory services to biologists regarding selective reporting of antibiotic susceptibility testing. Annales de Biologie Clinique, 2025, 83 (6), pp.00-00.
Une étude descriptive prospective déclarative, a été conduite en Loire-Atlantique et en Maine-et-Loire en 2023-2024. Elle visait à évaluer les sollicitations de prestations de conseil des médecins généralistes auprès des biologistes après la mise en place des antibiogrammes ciblés pour les infections urinaires à entérobactéries chez la femme adulte (selon les recommandations HAS).
Sur 4 144 antibiogrammes ciblés réalisés pour 537 médecins généralistes, seules 1% des situations ont donné lieu à une demande de prestation de conseil auprès des biologistes, suggérant un impact limité de ce dispositif sur la charge de travail supplémentaire des laboratoires de biologie médicale. Les sollicitations concernaient principalement l’obtention de l’antibiogramme complet afin d’initier une antibiothérapie ou de poursuivre ou modifier une antibiothérapie probabiliste. Certaines demandes portaient également sur des précisions relatives à l’interprétation de l’antibiogramme ciblé.
Parmi les médecins généralistes interrogés ayant sollicité une prestation de conseil, la moitié se déclaraient satisfaits de la mise en place des antibiogrammes ciblés, reconnaissant leur intérêt dans la lutte contre l’antibiorésistance, notamment par le respect des recommandations et la limitation des prescriptions d’antibiotiques à large spectre.
Toutefois, une minorité de médecins généralistes se montraient peu satisfaits de ce dispositif, en raison de contraintes pratiques telles que la nécessité de contacter le biologiste pour obtenir l’antibiogramme complet, un possible retard d’introduction de l’antibiothérapie, ou un résultat jugé inadapté dans certaines situations cliniques, notamment en cas de pyélonéphrite aiguë simple.
Concernant la communication avec les biologistes, les médecins généralistes interrogés ont rapporté une grande satisfaction quant à la qualité des conseils délivrés et ont indiqué que les biologistes étaient facilement joignables.
Dans l’ensemble, les antibiogrammes ciblés semblent bien acceptés par les médecins généralistes et apparaissent comme un outil prometteur dans les programmes de bon usage des antibiotiques, générant peu de sollicitations auprès des biologistes.
Néanmoins, certains médecins généralistes ont exprimé un besoin d’informations complémentaires de la part des laboratoires de biologie médicale concernant la mise en place des antibiogrammes ciblés, leur intérêt et leurs modalités d’utilisation. Leur déploiement à plus large échelle devrait donc s’accompagner d’actions d’information pour améliorer leur appropriation et l’impact sur les pratiques de prescription.
Ces résultats sont comparables à ceux d’une étude menée dans le Grand Est, qui met en évidence une bonne acceptabilité de ce dispositif par les médecins généralistes et un faible taux de sollicitation des biologistes après la mise en place des antibiogrammes ciblés. En effet, seules 1,2% des situations ont donné lieu à une demande d’antibiogramme complet de la part des médecins généralistes, essentiellement dans des situations cliniques jugées complexes.
Afin de permettre aux laboratoires de biologie médicale de fournir des antibiogrammes ciblés plus adaptés aux situations rencontrées, une prescription plus détaillée des ECBU par les médecins généralistes, intégrant des informations cliniques essentielles (allergies, hypothèse diagnostique, antibiothérapie probabiliste, antécédents récents d’antibiothérapies, âge, sexe…) a été suggérée, bien que cette démarche puisse être perçue comme une contrainte supplémentaire.